Souvent appelé spéléo au soleil, le canyoning a connu une explosion de pratiquants, souvent occasionnels, à partir des années 2000 tant l’activité est agréable et ludique : les cascades, les vasques d’eau limpide baignées de soleil, les toboggans et sauts impressionnants. Quoi de plus agréable en plein été par des chaleurs écrasantes! Les bons côtés de la spéléo sans les inconvénients… Mais attention, comme pour la spéléo, c’est la Nature qui fixe les règles et les prendre à la légère peut avoir des conséquences dramatiques.

Les canyons, ces gigantesques entailles dans la montagne ont longtemps été perçues comme des milieux hostiles qu’il valait mieux éviter*.

Au fond, c’est un monde de contrastes absolus. Un rien fait passer du pessimisme le plus sombre à la « zénitude » totale. Progressant entre des parois sombres dans une eau froide et profonde, il suffit d’un rayon de soleil qui vient transpercer l’eau limpide d’un bief ou d’une vasque pour que l’on s’extasie devant tant de beauté et, tout de suite, le moral grimpe en flèche.

Dans ce monde d’aventure, le plus surprenant est sans aucun doute le dépaysement total. L’eau a, comme par magie, dissout tous les soucis que l’on avait « à l’extérieur ». Seul le présent compte et l’environnement dans lequel on évolue. On se concentre sur les difficultés et la beauté des paysages qui se dévoilent au fur et à mesure de la progression. Papillons, libellules et les innombrables insectes qui peuplent la rivière et ses environs nous racontent l’histoire de ce monde qui aurait certainement inspiré des auteurs comme Tolkien.

La sortie d’un canyon, le retour à la civilisation, procure toujours un curieux sentiment de « décalage », sentiment que l’on ressent également en sortant d’une grotte ou d’un gouffre. C’est le signe que l’on a vécu quelque chose de différent, d’exceptionnel peut-être.

* En 1989, lors de notre première descente de la Bendola, avec Laurent, nous avons dû nous échapper du canyon car nous n’avions pas assez de matériel. Après des escalades plus que périlleuses à la nuit tombante, nous avons passé la nuit sur un petit « replat » et, le lendemain, nous avons rencontré, à la bergerie d’Anan, Albert un berger d’un âge indéfinissable qui avait passé la plus grande partie de sa vie en montagne, ne redescendant que de temps en temps à Saorge pour s’approvisionner. Quand nous lui avons dit que nous sortions de la Bendola, il nous a crû difficilement. Il y avait dans sa voix et son regard un mélange de peur et de respect. Quand il était jeune, il s’était approché une fois des falaises vertigineuses de l’Agiasca d’où il avait entendu l’eau gronder tout en bas (c’était la cascade de 40 m qui se jetait dans la grande vasque). Son père lui avait alors dit qu’il ne fallait jamais s’approcher de là, que c’était l’enfer…


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