Depuis toujours j’ai été attiré par la découverte et l’exploration. Dans les années 1965, mon père avait trouvé du travail (à l’époque on trouvait du travail, comme on mangeait du pain) dans la région de Longwy et nous avons quitté Varangéville pour aller nous installer à Mont Saint Martin juste à la frontière belge qui se situait à peine à 200 m de là où nous habitions. Juste en face il y avait un pré suivi d’un champ de roseaux et des marécages qu’il fallait traverser pour accéder à la forêt qui était en Belgique.

Nous étions parmi les premiers habitants de la ZUP de Mont Saint Martin construite pour assurer le logement de toute la main d’œuvre dont avait besoin l’industrie sidérurgique du Pays Haut, comme on l’appelait.

Pour un gamin de 8 ans c’était l’Eldorado : d’un côté la « jungle » marécageuse et la forêt « sans fin » et de l’autre ces nouveaux temples en construction, dont un immeuble de 14 étages qu’on allait explorer le soir en passant sur des poutrelles au-dessus du vide immense.

Tout était à explorer ! Et bien entendu c’était interdit ! Quoi de plus attirant. D’un côté la forêt qui était dans un autre pays; il était donc interdit d’y pénétrer; de l’autre côté le danger de tous ces chantiers désertés après la journée de travail et le week-end.

Mais notre champ d’exploration ne s’arrêtait pas autour de la maison. Petit à petit nous partions à l’aventure dans les autres quartiers plus anciens de la ville, et vers la « vieille église« , cette belle église romane du XIIème siècle construite sur une butte qui domine la ville ancienne.

Quelques fois nous montions même « au Plateau« , là où la « Grande Côte » mène à Longwy Haut. Nous arpentions les bois à la recherche de je ne sais quoi et à la découverte de tout ce qui se présentait. Toujours prêts à faire les 400 coups. Rien de bien méchant mais de quoi se faire bien peur.

Et puis un jour, dans les bois, je ne sais plus trop où, derrière des arbustes, je découvre un petit porche dans un talus. Pas bien grand, peut-être  un mètre de haut sur quelques de mètres de long.

Qu’est-ce que ça peut bien être? Qu’y-a-t-il à l’intérieur et où cela conduit-il? Je n’ai jamais entendu parler de grottes dans la région. Bizarre… Je parle aux autres larrons de ma découverte et de mes interrogations mais ils ne sont visiblement pas intéressés pour aller s’aventurer à l’intérieur. Nous continuons donc notre chemin et rentrons « sagement » chez nos parents respectifs.

Mais cette cavité ne disparaît pas de mon esprit, bien au contraire….

Et puis un jour où je suis seul, je retourne à l’endroit de ma découverte. J’ai réussi à emprunter la lampe de poche de ma mère (à son insu bien entendu).

J’attends un moment devant l’entrée car elle a l’air instable (et elle l’était…). J’éclaire le plus loin possible avec la lampe de poche mais je ne vois pas grand-chose. Alors je me décide à avancer un peu à l’intérieur.

Le virus de l'exploration
Le virus de l’exploration

Heureusement que j’ai pensé à prendre de vieux vêtements en plus (je n’avais pas envie que ma mère me demande ce que j’avais encore fait…).

Je suis maintenant à l’intérieur et je peux même me relever.

Je me souviendrai toujours de cette petite salle. Les parois étaient mouchetées de petites taches blanches et la couleur rouille de la roche me donnait l’impression d’être dans une crèche, car le papier que l’on utilisait à l’époque pour faire les crèches de Noël ressemblait exactement à cela.

Je suis resté un moment dans cette salle. J’étais bien ! Il faisait doux contrairement à l’extérieur où c’était l’hiver. Le sol ressemblait à du sable de fer et il faisait bon se coucher dessus.

Un passage bas indiquait une continuation (voir photo). C’est à cet endroit que j’ai attrapé le virus ! Le démon de la découverte était de l’autre côté de ce passage. J’ai continué à explorer cette petite première grotte qui comportait plusieurs salles, mais pas toujours les mêmes….

marc gapp aventure
…. je réussissais quelques fois à entraîner des insconscients….

En effet, il y avait, dans la région, des mines de fer; et la roche était plutôt inconsistante (je m’amusais toujours à faire une petite expérience devant les visiteurs que je traînais dans mon « antre » : je prenais une pierre dans chaque main et je les cognais l’une contre l’autre. Elles se transformaient ainsi en « sable de fer »… Bien entendu je faisais cette expérience un peu avant de sortir, sinon nous ne serions pas allés bien loin dans la grotte).

Je suppose que cette grotte était en fait un décollement des strates de roche suite à des effondrements dans les anciennes galeries de mine sous-jacentes.

Il n’était pas rare en effet que la topographie des lieux change entre deux visites : une salle avait « disparu » mais une autre était apparue… Pratique pour la découverte mais nettement moins pour la sécurité (heureusement que ma mère ne se doutait pas une seule seconde de cela…).

Voilà j’étais maintenant possédé et j’ai recherché d’autres « grottes » aux alentours. J’en ai trouvé mais la plupart étaient beaucoup trop instables. J’ai même un jour trouvé l’entrée du gouffre vertical (certes un peu étroit mais un gouffre tout de même… car depuis j’avais commencé à dévorer les livres de Norbert Casteret, moi qui ne lisais pas, c’était plutôt bénéfique).

Comment explorer cet aven? J’ai « trouvé par hasard » de la ficelle servant à lier des bottes de foin et je me suis confectionné une « corde » en tressant 3 ficelles. Impeccable ! Elle faisait au moins 10 mètres. J’allais pouvoir descendre un peu l’entonnoir d’entrée et me rendre compte de la verticale qu’il y avait après. On n’entendait pas les pierres tomber donc impossible d’estimer la profondeur. Ça n’était que plus tentant ! Mais cette fois, je ne pouvais pas prendre le risque d’être seul. C’était un gouffre quand même ! Je réussis à entraîner un copain dans l’aventure, non sans lui avoir promis qu’il n’aurait pas à descendre. Juste pour le cas où je ne pourrais pas remonter. Et bien entendu il m’a demandé ce qu’il devrait faire si je n’arrivais à remonter ? Et que lui ai-je répondu ? « Ben j’en sais rien…..«